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le mot : Canut

L'origine du mot "canut"
L’Echo de la Fabrique* et le terme de « Canut »

 

Le mot de « canut » reste aujourd’hui mystérieux, sujet à de nombreuses interprétations ou légendes et fait même encore l’objet de polémiques. Sans mettre un terme au débat qui a certainement de longues années devant lui avant d’être clos, il est particulièrement intéressant de rendre compte de l’avis des tisseurs sur soie des années 1830 à travers l’Echo de la Fabrique. En effet du 28 octobre 1832 au 7 avril 1833 le journal des Canuts va être le théâtre d’une recherche pour trouver un autre mot. Ce sera l’occasion pour les lecteurs d’exprimer leurs souhaits après des recherches sérieuses, d’énoncer parfois leur réserve quand à l’opportunité d’un tel concours et même de donner une explication scientifique sur l’origine du mot « canut ». C’est pour nous aujourd’hui la possibilité de découvrir une fois encore leur grande culture et de mieux comprendre la politique menée par les rédacteurs de l’Echo de la Fabrique. Toujours ce souci de mettre en perspective le sujet abordé. Chaque article s’inscrit d’une manière ou d’une autre dans les préoccupations du moment. Cet extraordinaire laboratoire d’idées qu’est ce journal où l’on voit numéro par numéro se construire les fondements du mouvement ouvrier et une véritable culture prolétarienne, ce lieu qui ne sera en fait disponible qu’une trentaine de mois sera excessivement fécond. Une raison supplémentaire pour examiner attentivement la période pendant laquelle il fut question de donner un « terme euphonique et simple, pour désigner la classe des ouvriers ou tisseurs sur soie. » Même si c’est douloureux pour certains, il faut se rendre à l’évidence. Le canut est un ouvrier capable de se passionner pour l’étymologie, de prendre sur son temps pour écrire de longue lettre à son journal. Nous sommes loin du canut tout nu, nous sommes loin du canut analphabète. Nous sommes loin de la légende des « cannes nues » et en parcourant ces quelques pages, on s’apercevra que le mot canut est revendiqué hautement par de nombreux tisseurs ce qui relativise les déclarations faites par ceux du XXème siècle...

... « Nous sommes parfaitement de l’avis de notre correspondant et nous croyons qu’il serait convenable de chercher un terme générique pour désigner la classe des tisseurs sur étoffes de soie. Nous pensons que celui proposé par M. Meziat, séricariens, pourrait être adopté. » Ce mot de sericariens est proposé parce que le mot de « sericarius » se trouve dans tous les ouvrages des auteurs latins qui traitent de la soie. Le comité de rédaction ne partage pas l’enthousiasme de Berger et s’il est préférable à ferrandinier « une étoffe passée de mode », à satinier, à taffetasier, « il a soulevé des objection » écrit le 26 août Berger. De toute façon, le gérant se maintient sur la ligne de conduite de l’Echo et en annonçant un grand concours pour l’adoption d’un terme générique, il précise : « … nous ne devons pas oublier que c’est un sujet de goût et de convenance auquel le public doit donner son approbation. » Pour cela il existe une solution, organiser un concours. « Nous recevront et nous insérerons dans le journal toutes les propositions qui seront faites. Le concours sera fermé le 15 octobre prochain ; à cette époque nous ferons le choix de l’expression qui nous paraîtra la plus convenable, et nous nous en servirons dans le journal. L’auteur recevra pour indemnité un abonnement gratuit au journal pendant toute sa durée. » Pour mémoire rappelons que le prix de l’abonnement annuel à l’Echo de la Fabrique est de 11 Frs.
Ce concours sera particulièrement suivi par Chastaing qui le 16 octobre, au lendemain de la clôture du concours, fera devant le comité de surveillance du journal un rapport détaillé. Avant que celui-ci se prononce, une commission sera nommée, composée de quatre membres, Bofferding, Falconnet, J. Marrel et Berthelier, afin qu’elle donne « un avis motivé ». L’organisation même de ce concours défini assez bien l’état d’esprit qui préside à l’Echo de la Fabrique. Le 2 septembre le journal publie un avis pour préciser son objectif et son importance : « L’importance d’un terme euphonique et simple pour désigner la classe des ouvriers ou tisseurs de soie ne saurait être révoqué en doute. » Il ne néglige aucune des difficultés qui vont survenir dès que le mot adéquat sera trouvé : « Nous savons que ce mot nouveau éprouvera des difficultés pour être adopté, mais il n’en éprouvera pas plus que n’en n’ont subi l’établissement du calcul décimal, de l’unité des poids et mesures, et des mots qui servent à les désigner comme le mètre, le stère et leurs dérivés etc… nous espérons parvenir au même résultat… » Enfin originalité de ce concours, il va être un prétexte à débat. Pas question de simplement choisir. « Nous prions nos correspondants de vouloir bien dater leurs lettres et mettre leur adresse en bas, parce que nous nous réservons, si nous le jugeons convenable de les convoquer pour débattre entre eux, leurs opinions de vive voix. »
Le 16 octobre Marius Chataing fait son rapport auprès de la commission de surveillance de l’Echo. Un long rapport puisqu’il faudra deux numéros pour en avoir une connaissance complète. S’il convient que « la question qui nous occupe semble au premier coup d’œil être oiseuse… », c’est pour immédiatement replacer cette démarche dans le contexte du moment : «… cependant elle ne l’est point ; elle est la suite du mouvement social dont aujourd’hui nous sommes spectateurs en même temps qu’acteurs. Notre programme « amélioration physique et morale de la classe prolétaire » est le résultat de la marche de l’esprit humain auquel nous avons dû nous associer. La discussion qui s’agite actuellement en est une conséquence. » Puis le rédacteur en chef de l’Echo va analyser le travail des ouvriers en soie. « La classe des ouvriers en soie comme toutes les autres se divise en un grand nombre de professions ayant chacune un nom distinct. » Et de citer les veloutiers, les rubaniers, les satiniers, les taffetatiers mais il souligne que ces « divers états réunis en forment un seul désigné par un sobriquet devenu à Lyon une injure, je ne sais pourquoi. Ce sobriquet, c’est le mot CANUT. » Il note qu’ainsi, afin d’éviter de l’employer, « il faut se servir d’une périphrase et dire : Fabricants d’étoffes de soie ou ouvriers en soie. » ...

...Ces précisions données, un certain nombre de mots vont être exclus. En ce qui concerne le défaut de simplicité exit « maître tisseur de soie », « tisseur de soie », « maître fabricant d’étoffe de soie ». Ils sont composés de plusieurs mots, de plusieurs syllabes, ils sont trop longs. Passent à la trappe également pour des défauts d’harmonie 18 mots : « Textoricarien », « textorycien », « armuratisseur », « armatisseur », « cotisseur », « artisseur », « sericarier », « sericarieur », « sericareur », « sericariste », « sericariniste », « textorien », « sériciphante », « séricicophante », « séritextore », « séritexteur », « bombytexteur », « bombytextorien », « bombitissorien »...

...Pour en revenir au rapport de Chastaing, après cette première sélection, il reste 18 mots en lice. Il faut maintenant vérifier la 3ème condition. Le mot doit être le plus complet. C’est la phase décisive. Voici les finalistes : « tissericien », « tisseur », « tissoie », « arachnéen », « polymithe », « tissutier », tissoyer », bombixier », « tissoyen », « tissoierien », « pamphilarien », « bombitisseur », « soerinier », « soierineur », « soieriniste », « seritisseur », « bombicinaire », « omnitisseur ». A l’évidence certains ne remplissent pas la condition exigée. 6 seulement paraissent retenir l’attention du rédacteur : « tisseur », « arachnéen », « polymithe », « tissutier », « pamphilarien », « omnitisseur »...

...Enfin, le 7 avril 1833, parait un article signé par Marius Chataing :
« CONCOURS
Ouvert sur l’adoption d’un terme générique, pour désigner la classe des ouvriers en soie d’une manière complète, simple et euphonique.
Rapport fait le 7 janvier 1833, à la commission du concours, par M. Marius Chastaing, rédacteur en chef de l’Echo de la Fabrique...


Pour voir le texte dans son intégralité(... jusqu'à la fin )et d'autres histoires sur les canuts , vous rendre sur le site:
http://canutdelacroixrousse.blogspot.com/2007/12/lorigine-du-mot-canut.html

Avec l'aimable autorisation de monsieur Robert Luc
  travailleur indépendant à Lyon : Rhône : France

Journaliste, écrivain et conteur de rue.

 

 

 

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